La colère est souvent perçue comme une émotion « négative », dérangeante, voire dangereuse. Beaucoup la redoutent, cherchent à la calmer immédiatement ou au contraire la laissent exploser, puis culpabilisent. Pourtant, la colère n’est pas un problème.
C’est un signal.
Sous la surface, elle révèle quelque chose d’essentiel : un besoin ignoré, une limite dépassée, une blessure réveillée. La colère est un message puissant… à condition de savoir l’écouter.
La fonction profonde de la colère
La colère sert d’abord à nous protéger. Comme toutes les émotions, elle a une fonction précise :
1. DIRE STOP
Elle apparaît quand quelque chose n’est pas juste pour nous : un manque de respect, une parole qui blesse, une situation qui dépasse nos limites.
La colère vient alors poser une frontière : » Là, c’est trop. »
2. REVELER UN BESOIN NON ENTENDU
Derrière chaque colère, il y a un besoin de respect, de reconnaissance, d’espace, de soutien, de temps pour soi…
La colère montre que ce besoin a été ignoré, parfois depuis longtemps.
3. REDONNER DE LA PUISSANCE
Quand on est triste ou impuissant, la colère redonne un élan, une énergie d’action.
Elle nous permet de nous remettre debout, de nous affirmer.
Ce qu’on ne veut pas voir… et que la colère met en lumière
1. UNE FRAGILITE
Beaucoup de personnes ont appris à « tenir », à être fortes, efficaces, toujours disponibles.
Reconnaître une fragilité est parfois inconfortable.
Alors la colère prend toute la place pour éviter d’aller toucher la vulnérabilité dessous.
2. UNE BLESSURE ANCIENNE
Parfois, la réaction du présent réactive une expérience passée :
- ne pas être écoutée
- être ignorée
- être jugée
- ne pas se sentir importante
La colère protège alors une part blessée de nous.
3. UNE ATTENTE NON DITE
On espérait quelque chose : du soutien, une attention, un geste, un mot.
Comme cette attente n’a pas été exprimée (ou comprise), la colère surgit pour combler le fossé.
4. LA PEUR
Souvent, derrière la colère il y a :
- la peur d’être rejetée
- la peur de perdre l’autre
- la peur d’être envahie
- la peur de ne pas être à la hauteur
La colère masque ces peurs qui sont parfois difficiles à accueillir.

Pourquoi certaines personnes explosent… et d’autres implosent
Face à la colère, il existe deux grandes stratégies :
1. Ceux qui la retournent contre les autres
Ils explosent, s’emportent, s’agacent vite.
Ce n’est pas qu’ils « manquent de contrôle ».
C’est souvent qu’ils ne savent pas comment exprimer la peur ou la tristesse qui se cache derrière.
2. Ceux qui la retournent contre eux-mêmes
Ils se taisent, encaissent, minimisent.
La colère n’a pas le droit d’exister, car elle pourrait « déranger ».
Elle se transforme alors en fatigue, irritabilité, ressentiment, auto-critique, parfois même douleurs physiques.
Dans les deux cas, le message de la colère n’est pas entendu.
Comment apprivoiser la colère pour mieux se comprendre
1. ACCUEILLIR L’EMOTION AVANT D’AGIR
Prendre 30 secondes pour sentir :
- Où est la tension ?
- Qu’est-ce qui me touche ?
- Qu’est-ce que ça dit de moi ?
2. ALLER CHERCHER LE BESOIN DESSOUS
- Qu’est-ce que j’aurais aimé ?
- Qu’est-ce qui aurait été juste pour moi ?
- De quoi ai-je manqué dans ce moment ?
3. NOMMER LES LIMITES CLAIREMENT
La colère devient saine lorsqu’elle sert à dire :
« Je veux bien… mais pas comme ça. »
« Je ne me sens pas respectée quand… »
4. EXPLORER SON HISTOIRE EMOTIONNELLE
Comprendre comment on a appris à gérer la colère (ou à ne pas la gérer) permet de la transformer.
C’est un travail thérapeutique profond, souvent libérateur.
En thérapie : ce que la colère révèle
En Gestalt, la colère est un mouvement vital, une énergie qui cherche à rétablir un équilibre.
En travaillant sur la colère, on découvre souvent :
- des besoins enfouis
- des parts de soi qui n’ont jamais eu voix au chapitre
- des limites qu’on n’a jamais osé poser
- des peurs profondes
- la possibilité d’une affirmation plus authentique
La colère n’est pas l’ennemi. Elle est une porte d’entrée vers soi.
Apprendre à écouter sa colère, c’est apprendre à se respecter.
C’est se redonner le droit de dire non, de dire stop, de dire « j’existe ».
Derrière chaque colère, il y a une vérité intérieure qui mérite d’être entendue.
Et parfois, se faire accompagner permet de découvrir ce que l’on ne voit plus à force de tout gérer.

